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6. La Belette de Grumelange

A la recherche d’un trésor

Comme elle est superbe et grandiose la vue qui se donne entièrement aux yeux du touriste émerveillé qui aborde le village de Grumelange en venant de Bastogne ! Les maisons sont blanches, encerclées et dominées par un cirque de collines rocheuses semblables à de vieilles et âpres montagnes usées par le temps et les frimas. La plus haute de toutes constitue le massif du Schläckt. Au faîte de ce dernier se trouvait naguère une grande pâture verdoyante, à la végétation sauvage. Ce toit du Schläckt, les Grumelangeois lui donnaient le nom de Prädelsberg. Hélas, au fil du temps, l’accès à la prairie a été rendu impossible en raison de plantations de conifères et d’épicéas que l’on y a réalisées. Un rideau sombre a ainsi condamné l’accès au Prädelsberg. Ce lieu fut jadis le théâtre d’une curieuse aventure vécue par un petit garçon du village.

Notre gamin était alors chaque jour chargé de cette importante mission consistant à quitter le hameau pour aller porter la soupe de midi à son père qui exerçait l’activité traditionnelle de gardien de troupeaux.

Ce travail s’était toujours effectué sans encombre jusqu’à un certain jour ensoleillé du mois de juillet où le petit fut témoin d’une chose bien curieuse comme on en rencontre seulement dans les histoires que l’on se transmet aux veillées d’hiver. Chantonnant, sifflotant toute sa jeune joie, notre petit marchait dans l’étroit sentier qui donne au Schläckt la capacité d’unir la terre au ciel. Tout s’était bien passé jusqu’au moment où il entendit du bruit dans les fourrés et les plants de genêts qui recouvraient la roche sur sa gauche. La végétation se mit ensuite à bouger d’une manière inexplicable. Puis, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, un petit éclair beige et luisant passa aux pieds de l’enfant. Effrayé, celui-ci poussa un petit cri bref et strident puis lâcha le récipient contenant la bonne soupe de légumes préparée par sa mère, cette délicieuse Bonenschlupp dans laquelle étaient entrés tous ces succulents légumes de la belle et riche nature estivale, agrémentée de quelques morceaux de lard que toute bonne ménagère grumelangeoise ne pouvait omettre de faire entrer dans la composition. Ainsi, le potage se répandit sur les herbes et les cailloux du sentier. 

Toujours sous le coup de l’émotion, le gamin suivant l’apparition les yeux écarquillés, put constater que c’était une petite belette qui venait de traverser le mauvais chemin. Mais le plus curieux, et l’enfant l’avait bien remarqué, résidait dans le fait que la bête tenait, serré entre ses mâchoires, un objet étrange ou, du moins, rendu tel par les rayons du soleil. L’animal, lui-même effrayé par le cri du petit, lâcha cet objet puis continua sa course rapide à travers les fougères, les genêts et les taillis. Rassuré par la disparition de la bête, notre gamin se ressaisit, prit son courage à deux mains, approcha lentement de l’objet et le saisit d’un geste rapide, comme de crainte qu’il ne s’échappât. Il ne lui fallut pas longtemps pour constater qu’il s’agissait d’une pièce en or. Abasourdi, il ne comprit d’abord pas grand-chose à cette curieuse histoire qu’il venait de vivre puis, heureux de sa découverte et de sa richesse, il courut à toute allure en direction du Prädelsberg, hurlant de joie. Son père, averti par les cris du garçonnet, courut à sa rencontre, pensant qu’un malheur était arrivé. Il fut néanmoins vite rassuré lorsque son fils lui raconta l’étrange aventure. Aussitôt, nos deux amis regagnèrent Grumelange où il ne fallut qu’une heure pour que l’histoire de l’enfant fasse le tour des chaumières du hameau. Certains ne voulurent pas le croire et allèrent jusqu’à accuser le petit d’avoir dérobé la pièce à quelque personne âgée ou impotente du lieu.

Paradoxalement, toutes ces imputations fallacieuses n’empêchèrent pas les Grumelangeois de se persuader rapidement que si une pièce avait été découverte, il n’était nullement exclu que d’autres parsèment çà et là les roches du massif. C’est ainsi que le soir même le Schläckt fut envahi de gens équipés de pioches, de pelles et de faux en quête de quelque trésor enfoui ou éparpillé dans le massif. Pourtant, les recherches se révélèrent vaines. Certains n’en restèrent malgré tout pas sur cet échec puisque durant des années encore on creusa le sol sans succès. Quant au père de l’enfant, après la fameuse découverte, il se rendit à Arlon où il vendit la pièce d’or à un orfèvre de la ville. Il en retira vingt sous.

Lorsque les Grumelangeois prenaient la peine, autrefois, d’interroger l’enfant devenu arrière-grand-père, ce dernier fournissait, après bon nombre d’hésitations et mille mystères, son explication pourquoi les recherches demeurèrent infructueuses : 

-         A mon avis, si on n’a jamais retrouvé le trésor, c’est tout simplement parce que la petite belette avait continué à le transporter d’un endroit à l’autre et je pense bien qu’elle le fait de nos jours encore…

L'ouvrage "Légendes de la Forêt d'Anlier"

Le texte est issu de l'ouvrage "Légendes de la Forêt d'Anlier" de l'auteur martelangeois Franz Clément publié aux éditions Memory. 

Résumé : Propice aux mystères comme toute grande forêt, celle d’Anlier recèle de nombreux trésors légendaires cachés. L’auteur nous les présente ici sous la forme d’une réinterprétation.En effet, ces récits figuraient initialement dans l’ouvrage «Wintergrün» paru en 1890 à Arlon sous la plume de Nicolas Warker.Le lecteur visitera ces endroits répartis sur Attert, Fauvillers, Habay, Léglise et Martelange.

Le livre est disponible à la vente ici.